N’être, de Charline Effah

Merci à Babelio et aux éditions La Cheminante pour m’avoir envoyé ce livre en échange d’une chronique !

N’être de Charline Effah chez La Cheminante, 2016 (publication originale : 2014), 144 pages.

L’histoire

n'être charline effahCharline Effah explore dans ce roman des relations mère-fille qui abordent de plein fouet la question de la couleur de peau et de la ségrégation.
Un vécu qui pervertit la sexualité de l’héroïne dans une société où règne la violence conjugale. Au-delà de la torpeur, la dignité et des retrouvailles inattendues ouvrent l’horizon d’une naissance à soi-même.
La densité et la précision de l’écriture de Charline Effah pour déployer le cheminement psychologique et affectif de ses personnages sont littéralement envoûtantes.

Note : 5/5

Mon humble avis

Si je fais attention cette année à lire plus d’auteures, j’essaie également d’étendre mes horizons de lecture qui jusqu’ici étaient – malheureusement – majoritairement blancs, hétéros et européens / blancs… J’étais donc impatiente de découvrir Charline Effah, auteure d’origine gabonaise, et la quatrième de couverture m’avait séduite et intriguée.

Et quelle bonne découverte ! Rapidement, déjà sur le format : absolument adorable, je m’attendais à un format standard mais il est en fait très petit et j’ai trouvé ça adorable (et très pratique à lire pour mes petites mains, mais passons). La couverture est simple, presque minimaliste mais elle attire l’œil, intrigue et finalement représente parfaitement l’histoire qui se cache derrière.

Les premiers paragraphes ont été suffisants pour que je tombe d’admiration pour la plume de Charline Effah. Elle utilise beaucoup de phrases courtes, qui donnent un rythme et une poésie particulière à son texte, s’en est presque envoûtant. Le vocabulaire employé est simple et l’auteure n’a pas besoin de fioritures pour toucher le lecteur. J’ai été agréablement surprise de trouver des mots que je ne connaissais pas du tout, dont on devine l’origine gabonaise. C’est des plus intéressants et ça n’empêche pas la compréhension du texte, même si j’étais un peu à côté de la plaque pour certains mais heureusement le glossaire à la fin du livre m’a remis dans le droit chemin. D’ailleurs, ce glossaire n’est pas annoncé donc je ne savais pas que les mots seraient explicités… Dans ce cas là je préfère généralement les notes de bas de page, mais le glossaire fonctionne tout aussi bien.

C’est avec sa plume magnifique que l’auteure aborde des sujets très sérieux, au travers d’une narratrice qui s’adresse à Medza, sa mère, tout au long du livre. Enfant d’adultère, Lucinda est abandonnée chez sa tante sous les ordres du mari de sa mère, appelé dans le livre « le Père ». La majuscule comme le titre sont tout à fait représentatif de la position dominante du père de famille dans cette (la ?) société.

Lucinda ne connaît que très peu de chose de son passé, ce qui la hante, mais on ressent la profonde rancœur qu’elle entretient envers sa mère. Pour l’avoir abandonnée, pour ne rien lui avoir expliqué, etc. La première partie du roman nous montre une narratrice perdue, qui se complaît dans une relation destructive et presque abusive, en se posant tout un tas de questions. Puis, c’est pleine de courage qu’elle retourne voir sa mère, après tant d’années, pour demander des explications. La conversation qui s’ensuit est à la fois abrupte, touchante, et déroutante. Lucinda se rend alors compte qu’elle partage beaucoup de traits de caractère et d’expériences, avec sa mère.

« Nous nous regardons sans dire un mot. Je crois, je sens, je ressens que, toutes les deux, nous sommes traversées par la même envie de pleurer, les mêmes craintes au sujet de la suite, la même volonté de faire que les choses ne soient plus comme hier. C’est certainement pourquoi toutes les deux nous ne pleurons pas. Et nos silences et notre joie anxieuse se rejoignent, comme une conspiration intime et profonde à rattraper le temps perdu. » p. 139

Rien n’est magique pour autant, si une réconciliation (ou plutôt, une compréhension) est entamée à la fin du roman, on comprend qu’il faudra encore beaucoup de temps et de discussions pour que mère et fille soient proches.

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3 commentaires sur “N’être, de Charline Effah

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