La Compagnie des loups, d’Angela Carter

The Bloody Chamber, d’Angela, Penguin Classics, « Deluxe edition », 2015 (publication originale : 1979), 162 pages.

L’histoire

Dix contes célèbres pour enfants sont subvertis par la plume d’Angela Carter. L’audace érotique du « Cabinet Sanglant » (Barbe-Bleue) ; le flirt avec la violence animale de « M. Lyon fait sa Cour », l’impudence du « Chat Botté », un peu escroc, un peu gigolo : tout cela est splendide et de sensations et d’esprit. Et, fatalement, plein de loups.

Note : 5 sur 5.

Mon humble avis

Cela faisait une éternité que je voulais découvrir les réécritures de contes d’Angela Carter, probablement depuis la fac où l’un de mes sujets de recherche était les personnages de (jeunes) femmes dans les contes victoriens. Évidemment dans les différents articles et livres que j’avais pu lire à l’époque, il était fait mention d’Angela Carter, mais comme ses écrits étaient bien plus contemporains que la période que j’étudiais, j’avais simplement ajouté ce livre à ma liste de lecture.

Je suis ravie d’avoir pu le découvrir et de voir que j’ai autant apprécié lire la plume de l’autrice. Si elle conserve tous les codes littéraires des contes, leur lexique et certaines tournures de phrases bien connues, tout le reste est renversé. Déjà parce qu’elle ne reste pas seulement dans le genre du merveilleux mais emprunte les codes de la littérature gothique et fantastique, ce qui donne une ambiance toute particulière à ses contes. Elle s’écarte aussi un peu de la règle selon laquelle les personnages des contes doivent être unidimensionnels : certains ont des caractères bien particuliers et leur développement dépasse les seules nécessités narratives de l’histoire. Enfin, elle laisse la part belle aux personnages de femmes et de filles, qui n’ont pas l’intention de se laisser berner. D’ailleurs, se sont souvent elles les narratrices de leur propre histoire, ce qui n’est pas anodin de la part de l’autrice, qui assume pleinement de représenter des femmes qui conservent leur agentivité.

Les contes sont surprenamment divers, dans le ton et le contenu. Certains sont plus érotiques et grivois, d’autres versent dans la comédie plus que dans le gothique. Incidemment, selon les goûts de chacun⋅e on accrochera plus à certaines histoires que d’autres. J’ai personnellement eu un coup de cœur pour « Cabinet Sanglant » qui donne son titre à la version originale : ici la jeune épouse de Barbe Bleue n’est pas dupe des manigances de ce dernier, même si elle finit par succomber à l’appel du fameux cabinet. Elle est également loin d’être séduite par lui et sait dans quel genre de mariage elle s’engage.

But you must promise me, if you love me, to leave it well alone. It is only a private study, a hideaway, a “den”, as the English say, where I can go, sometimes, on those infrequent yet inevitable occasions when the yoke of marriage seems to weigh too heavily on my shoulders. There I can go, you understand, to savour the rare pleasure of imagining myself wifeless.
“The Bloody Chamber”, p. 20

J’ai aussi beaucoup apprécié les contes qui tournent autour de loups (et il y en a plusieurs effectivement) et qui remettent cette figure à l’honneur de façon nuancée et loin de la bête à abattre – « Wolf-Alice » est probablement mon préféré parmi ceux-ci. La nouvelle « The Lady of the House of Love » est également une autre de mes favorites, en reprenant le mythe des vampires, entre autres, elle nous montre une Comtesse splendide et puissante.

A chignoned priest of the Orthodox faith staked out her wicked father at a Carpathian crossroad before her milk teeth grew. Just as they staked him out, the fatal Count cried: “Nosferatu is dead; long live Nosferatu!” Now she possesses all the haunted forests and mysterious habitations of his vast domain; she is the hereditary commandant of the army of shadows who camp in the village below her château, who penetrate the woods in the form of owls, bats and foxes, who make the milk curdle and the butter refuse to come, who rise the horses all night on a wild hunt so they are sacks of skin and bone in the morning, who milk the crows dry and, espacially, torment pubescent girls with fainting fits, disorders of the blood, diseases of the imagination.
“The Lady of the House of Love”, p. 119

Si vous aimez les contes, je vous conseille de jeter un œil aux réécritures d’Angela Carter et pour ma part, je me ferai un plaisir de lire d’autres ouvrages de cette autrice !

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