Superman : Red Son

Superman : Red Son de Mark Millar (scénario), Dave Johnson et Killian Plunkett (dessin), Eaglemoss, 2016 (VO : 2003), 176 pages.

L’histoire

Ukraine, 1938. Une fusée s’écrase en pleine campagne : à son bord, un bébé qui va être rapidement adopté par un couple de fermiers. Des années plus tard, l’enfant a grandi au sein du régime stalinien. Il devient alors le héros des travailleurs et la fierté de l’État soviétique. Son nom ? Superman ! Mais lorsque Joseph Staline meurt, c’est à cet homme de fer qu’il incombe de diriger et de faire fructifier un empire à l’abandon…

Note : 4/5

Mon humble avis

Difficile de s’intéresser aux comics, particulièrement à ceux de DC, sans entendre parler de Superman : Red Son comme l’un des récits à lire. D’ailleurs, beaucoup d’articles et chroniques sur d’autres sujets y font référence, j’étais donc ravie de voir que ce titre faisait partie de la collection Eaglemoss (enfin quelque chose qu’elle fait bien).

Tout d’abord, d’un point de vue visuel je suis un peu mitigée : je ne suis pas particulièrement séduite par le dessin. Pour le coup, il me semble que c’est une question de sensibilité et de préférence personnelle mais le trait reste inégal et parfois un peu étrange. Même la colorisation, qui est 95 % du temps magnifique, avec bien entendu une omniprésence du rouge qui donne encore plus de sens au dessin, est parfois surprenante (notamment sur Lex Luthor qui semble se transformer en vampire le temps d’une planche – pleine page malheureusement donc difficile de rater ça).

Mark Millar nous présente une vision toute particulière de la Russie dans laquelle officie Superman, et le pays tourne assez rapidement à la dystopie, puis s’étend au niveau presque mondial – avec quelques pays résistants. Mais même la résistance s’organise difficilement sous un tel régime quand, au moindre faux pas, la personne dissidente se retrouve avec un implant dans la tête qui la rend douce et obéissante au possible. C’est très bien rendu, particulièrement par le fait que le récit s’étende sur plusieurs décennies (voire siècles pour la fin) et c’est absolument terrifiant. Le rythme est bien mené sur tout le comics, sans longueur ou passages trop rapides me semble-t-il, en dehors du dénouement concernant Superman qui est… très subit et irréaliste. J’ai en revanche particulièrement apprécié le twist à la fin (avec une mini-dose de What the fuck? mais il en faut parfois !).

Dans cette édition, on a le droit à quelques bonus, principalement des sketches des personnages et c’est toujours appréciable de découvrir un peu plus le travail fait par l’artiste !

Comme tout « Elseworld » ou « What if? » qui se respecte, le lieu d’atterrissage de Superman n’est pas la seule chose à changer. On retrouve ainsi un Batman russe : le personnage a été adapté au contexte mais son histoire conserve les éléments importants et surtout, il correspond totalement à ce que je pourrai imaginer pour Bruce Wayne dans ces circonstances. Un vrai plaisir.

Mais. Je n’ai pas trouvé Red Son parfait. Il s’agit d’un tel monument dans le monde du comics que j’ose à peine le dire, mais tout de même, je suis de ceux qui pensent qu’il faut être critique des médias qu’on consomme, même (surtout !) quand on les apprécie, ce qui est le cas ici. Pour les personnages, tous ne sont pas aussi réussis que Batman à mon sens, comme Wonder Woman. Son histoire d’origine ne change guère, si ce n’est que les Amazones sont beaucoup plus intéressés par le monde des hommes que d’ordinaire et que Diana Prince est très naïve, voire aveugle, et manque de caractère dans cette version. Elle suit Superman et va jusqu’à porter son symbole sur sa ceinture et je trouve ça un peu too much. Le traitement du personnage de Lois Lane n’est guère mieux : visiblement, sans Clark Kent, elle se marie avec Lex Luthor – ce dernier reste le génie le plus antipathique de tous les temps. Lois étant normalement une femme indépendante qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, j’ai du mal à croire une seule seconde qu’elle puisse se taire face à Lex qui la traite comme une moins que rien la plupart du temps. Alors oui, je parle principalement des personnages féminins, mais j’en parlerai beaucoup moins (ou qui sait, en bien) s’ils étaient bien écrits plutôt que de servir de faire valoir ou de potiche aux personnages masculins… Heureusement, Lois et Diana finissent par s’émanciper un peu à la toute fin (quoique, c’est pour s’allier à Luthor… urgh).

Si on réfléchit globalement au postulat de Red Son et de façon un peu simpliste… c’est que si Superman atterrit en Russie, il finit par devenir un antagoniste, plus ou moins de la même trempe que ceux qu’il peut combattre dans l’univers canon. Attention, je ne dis pas que ce n’est pas intéressant !! Au contraire, un Superman qui tourne mal est une intrigue qui m’intéresse énormément, puisque la question éternelle est : qui peut l’arrêter ? (Probablement Wonder Woman si elle était bien écrite). Je trouve seulement sacrément patriotique intrigant qu’un tel Superman survienne en dehors des États-Unis…

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