Life of Pi, de Yann Martel

DSCN7181Je n’ai pas l’habitude de lire ce genre de littérature mais ce fut une très bonne expérience et je compte bien la renouveler ! J’avais craqué dessus à une bourse aux livres parce que je trouvais la couverture magnifique et je ne regrette pas.

Comme vous le savez peut-être déjà au vu de la sortie de l’adaptation cinématographique il y a trois ans, Life of Pi (L’histoire de Pi ou L’Odyssée de Pi en Français selon qu’il s’agisse du roman ou du film, parce que la logique c’est pas donné à tout le monde) raconte l’histoire de Pi, un jeune Indien de 16 ans qui se retrouve, après le naufrage de son bateau en route pour le Canada avec de nombreux animaux de zoo, dans un canoë de sauvetage avec certains d’entre eux et notamment un tigre du Bengale.

Un vrai coup de cœur pour moi. Cette histoire est fantastique et aborde plusieurs sujets d’une façon très intéressante : la religion tout d’abord, ou plutôt les religions puisque Pi est hindou, chrétien et musulman. C’est fascinant de lire son point de vue sur ces religions, en quoi elles se ressemblent et finalement la seule chose qui, selon lui, devrait avoir de l’importance : croire en dieu. Puisque le père de Pi s’occupe d’un zoo, l’histoire s’attarde de fait énormément sur les animaux, un autre point qui m’a beaucoup plu. On en apprend beaucoup sur eux, avec quelques petites anecdotes intéressantes d’animaux échappés de zoo ou des amitiés insolites entre certains spécimens (notamment un rhinocéros et des chèvres).

Les descriptions sont un plaisir, puisqu’elles sont très imagées et permettent facilement au lecteur d’imaginer les différentes scènes. Elles ne s’étendent pas pour autant sur des pages : elles vont droit au but et cela fonctionne à merveille. Étant donné qu’il s’agit d’une histoire de naufragé en mer pendant des mois, de nombreuses choses peu ragoutantes surviennent et sont expliquées et décrites de manière graphique mais en même temps, cela rend le récit plus crédible. Donc oui, il y a eu certains passages où j’ai fait la grimace mais ça fait partie de l’histoire et on passe généralement vite à autre chose.

Je m’attendais à la fin mais l’auteur réussi à nous surprendre, en bien il me semble, je l’ai trouvée parfaite pour le roman et j’apprécie comment l’auteur arrive à nous donner une idée de ce qui va se passer, tout en nous surprenant le moment venu.

Une lecture que je recommande donc sans hésitation et pour vous donner l’eau à la bouche, voici quelques citations (en anglais, donc je traduis très maladroitement les passages parce que je n’ai pas la version française – traduite par les parents de l’auteur ! – si jamais vous avez, je suis preneuse des véritables traductions…) :

  • If we, citizens, do not support our artists, then we sacrifice our imagination on the altar of crude reality and we end up believing in nothing and having worthless dreams.
    Si nous, citoyens, ne soutenons pas nos artistes, alors nous sacrifions notre imagination sur l’autel de la grossière réalité et nous finissons par ne croire en rien et par avoir des rêves sans valeur.

  • Nature can put on a thrilling show. The stage is vast, the lighting is dramatic, the extras are innumerable, and the budget for special effects is absolutely unlimited. What I had before me was a spectacle of wind and water, an earthquake of the senses, that even Hollywood couldn’t orchestrate.
    La nature peut offrir un spectacle palpitant. La scène est vaste, la lumière est dramatique, les extras sont innombrables, et le budget des effets spéciaux est absolument illimité. Ce que j’avais devant les yeux était un spectacle de vent et d’eau, une secousse des sens que même Hollywood ne pouvait orchestrer.

Cette citation est d’autant plus forte, et triste, que les effets spéciaux de l’adaptation du film ont été faits par une compagnie qui a dû fermer ses portes depuis, justement parce que les effets spéciaux sont coûteux et que personne ne veut les payer correctement. À la suite de la faillite de l’entreprise, un documentaire a été fait, en anglais, Life after Pi, disponible sur Youtube (avec des sous-titres mais seulement en anglais…).

  • It’s important in life to conclude things properly. Only then can you let go. Otherwise you are left with words you should have said but never did, and your heart is heavy with remorse.
    Il est important dans la vie de conclure les choses correctement. Alors seulement pouvez-vous lâcher prise. Autrement, vous êtes abandonné avec des mots que vous auriez dû dire sans l’avoir jamais fait, et votre cœur est lourd de regrets.

Des souris et des hommes, de John Steinbeck

Couverture Of Mice and MenDans un genre tout à fait différent des deux livres précédents, Of Mice and Men (Des souris et des hommes) de John Steinbeck est un classique de la littérature américaine. Cela fait plusieurs années qu’il attend dans ma bibliothèque, puisqu’il était question de l’étudier en deuxième année de licence si je ne me trompe pas, mais finalement ça ne s’est pas fait. C’est le premier livre de Steinbeck que je lis et je dois avouer que j’avais quelques réticences à le faire, particulièrement après avoir appris qu’il avait tout bonnement volé l’idée de The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère) à Sanora Babb (source). Pour faire court, cette journaliste faisait des recherches pour écrire un livre et envoya certains de ses rapports à son patron, Tom Collins, qui montra ces derniers à Steinbeck – sans la moindre autorisation de Babb. Steinbeck utilisa les rapports pour écrire son livre, publié en 1939 et pour lequel il reçu le prix Nobel. Sanora Babb ne put publier son livre puisqu’une fois terminé, on lui annonça que le marché ne pouvait pas recevoir un autre livre sur le même sujet. Son livre, Whose Names are Unkown, ne fut publié qu’en 2004 et n’est pas, à ma connaissance, traduit en français.

Bref, je n’étais pas trop emballée, mais j’avais le livre sous la main et c’était un classique, donc pourquoi pas. Je ne regrette pas du tout. Je ne connaissais rien à l’histoire (ou j’avais oublié le peu qu’on m’en avait dit, peu importe) mais c’était évident dès le début que quelque chose de malsain se tramait. Le genre de pressentiment (tout contrôlé par Steinbeck avec les allusions tout au long du livre qui ne présagent rien de bon) qui vous accroche au livre, tout en redoutant la suite. Un peu comme un enfant qui regarderait un film d’horreur avec les mains devant les yeux, mais les doigts écartés.

Les personnages principaux sont attachants, dans leur témoignage de la rudesse de la vie à l’époque pour ces jeunes gens qui allaient de ferme en ferme pour gagner quelques sous. Bien sûr, ils persistent et se créent leur propre rêve américain : économiser assez pour avoir leur propre terre et ne travailler que pour eux. Avec des lapins, que Lennie pourra caresser du matin au soir. Au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte que ce rêve n’est probablement que cela, une fantaisie, un songe intouchable. Naïvement, on espère qu’ils y parviennent. La fin tombe comme un couperet. En même temps, aucune autre n’aurait été possible et elle fonctionne parfaitement (ce qui fonctionne beaucoup moins, c’est d’avoir la larme facile comme moi et de lire la fin du livre dans le bus…).