God Save la France, Stephen Clarke

15.05.23 A Year in the Merde

Titre : God Save la France (original : A Year in the Merde)
Auteur : Stephen Clarke
Nombre de pages : 383
Date de publication : 2004
Synopsis :

Les tribulations d’un Anglais au pays des déjections canines, des suppositoires et des grèves-surprises.
Nom: Paul West Âge: 27 ans. Costume: Paul Smith. Langue française: niveau très moyen. Fonction: jeune cadre dynamique promis à un grand avenir. Occupation: déjouer les pièges potentiellement désastreux du quotidien français. Ambition: qu’un jour un garçon de café vienne le servir quand il le hèle. Hobbie: lingerie féminine. Signe particulier: Paul West serait le fruit d’un croisement génétique entre Hugh Grant et David Beckham. «God save la France», c’est aussi la formidable histoire de Stephen Clarke. Ce journaliste vivant en France depuis dix ans a écrit par charité pour ses compatriotes ce petit guide de survie de l’expatrié en France qu’il imprima à 200 exemplaires et mit en vente sur son site Internet. D’abord remarqué par quelques libraires et quelques journalistes, un éditeur anglais en acquit les droits. Aujourd’hui, God save la France est un best-seller au Royaume-Uni qui a déjà fait rire plus d’un million de lecteurs.

Avis : ★★★★✩
Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu une lecture aussi prenante, mais God Save la France (ou A Year in the Merde en anglais) est un vrai plaisir, plein d’humour et d’auto-dérision. On sent bien que cette histoire ne sort pas de nul part et que l’auteur a vécu la plupart des aventures qu’il imagine ici pour Paul West. Stephen Clarke pointe du doigt de nombreux défauts de la France et peut-être plus particulièrement de Paris pour certaines choses, mais jamais avec méchanceté il me semble. Ce serait d’ailleurs bien hypocrite de la part de l’auteur et du personnage puisque tous deux continuent à vivre en France malgré tout. Je ne sais pas ce qu’il en est de la traduction en français, mais pour la version originale, j’ai trouvé qu’il était d’autant plus intéressant de connaître à la fois l’anglais et le français, puisque le personnage rapporte parfois des paroles “françaises” (avec un accent anglais terrible) qu’il est difficile de déchiffrer en connaissant le français alors je n’imagine même pas sans ! Et puis, ça permet également de comparer un peu les expériences et de voir comment des choses de notre quotidien, qu’on ne questionne même pas, peuvent paraître différentes voire bizarres pour un étranger.

J’avais envie d’une lecture simple et distrayante et c’est exactement ce que j’ai trouvé donc je conseille ce livre à toute personne qui ne prend pas trop les Français au sérieux et peut rire de nos défauts !

Life of Pi, de Yann Martel

DSCN7181Je n’ai pas l’habitude de lire ce genre de littérature mais ce fut une très bonne expérience et je compte bien la renouveler ! J’avais craqué dessus à une bourse aux livres parce que je trouvais la couverture magnifique et je ne regrette pas.

Comme vous le savez peut-être déjà au vu de la sortie de l’adaptation cinématographique il y a trois ans, Life of Pi (L’histoire de Pi ou L’Odyssée de Pi en Français selon qu’il s’agisse du roman ou du film, parce que la logique c’est pas donné à tout le monde) raconte l’histoire de Pi, un jeune Indien de 16 ans qui se retrouve, après le naufrage de son bateau en route pour le Canada avec de nombreux animaux de zoo, dans un canoë de sauvetage avec certains d’entre eux et notamment un tigre du Bengale.

Un vrai coup de cœur pour moi. Cette histoire est fantastique et aborde plusieurs sujets d’une façon très intéressante : la religion tout d’abord, ou plutôt les religions puisque Pi est hindou, chrétien et musulman. C’est fascinant de lire son point de vue sur ces religions, en quoi elles se ressemblent et finalement la seule chose qui, selon lui, devrait avoir de l’importance : croire en dieu. Puisque le père de Pi s’occupe d’un zoo, l’histoire s’attarde de fait énormément sur les animaux, un autre point qui m’a beaucoup plu. On en apprend beaucoup sur eux, avec quelques petites anecdotes intéressantes d’animaux échappés de zoo ou des amitiés insolites entre certains spécimens (notamment un rhinocéros et des chèvres).

Les descriptions sont un plaisir, puisqu’elles sont très imagées et permettent facilement au lecteur d’imaginer les différentes scènes. Elles ne s’étendent pas pour autant sur des pages : elles vont droit au but et cela fonctionne à merveille. Étant donné qu’il s’agit d’une histoire de naufragé en mer pendant des mois, de nombreuses choses peu ragoutantes surviennent et sont expliquées et décrites de manière graphique mais en même temps, cela rend le récit plus crédible. Donc oui, il y a eu certains passages où j’ai fait la grimace mais ça fait partie de l’histoire et on passe généralement vite à autre chose.

Je m’attendais à la fin mais l’auteur réussi à nous surprendre, en bien il me semble, je l’ai trouvée parfaite pour le roman et j’apprécie comment l’auteur arrive à nous donner une idée de ce qui va se passer, tout en nous surprenant le moment venu.

Une lecture que je recommande donc sans hésitation et pour vous donner l’eau à la bouche, voici quelques citations (en anglais, donc je traduis très maladroitement les passages parce que je n’ai pas la version française – traduite par les parents de l’auteur ! – si jamais vous avez, je suis preneuse des véritables traductions…) :

  • If we, citizens, do not support our artists, then we sacrifice our imagination on the altar of crude reality and we end up believing in nothing and having worthless dreams.
    Si nous, citoyens, ne soutenons pas nos artistes, alors nous sacrifions notre imagination sur l’autel de la grossière réalité et nous finissons par ne croire en rien et par avoir des rêves sans valeur.

  • Nature can put on a thrilling show. The stage is vast, the lighting is dramatic, the extras are innumerable, and the budget for special effects is absolutely unlimited. What I had before me was a spectacle of wind and water, an earthquake of the senses, that even Hollywood couldn’t orchestrate.
    La nature peut offrir un spectacle palpitant. La scène est vaste, la lumière est dramatique, les extras sont innombrables, et le budget des effets spéciaux est absolument illimité. Ce que j’avais devant les yeux était un spectacle de vent et d’eau, une secousse des sens que même Hollywood ne pouvait orchestrer.

Cette citation est d’autant plus forte, et triste, que les effets spéciaux de l’adaptation du film ont été faits par une compagnie qui a dû fermer ses portes depuis, justement parce que les effets spéciaux sont coûteux et que personne ne veut les payer correctement. À la suite de la faillite de l’entreprise, un documentaire a été fait, en anglais, Life after Pi, disponible sur Youtube (avec des sous-titres mais seulement en anglais…).

  • It’s important in life to conclude things properly. Only then can you let go. Otherwise you are left with words you should have said but never did, and your heart is heavy with remorse.
    Il est important dans la vie de conclure les choses correctement. Alors seulement pouvez-vous lâcher prise. Autrement, vous êtes abandonné avec des mots que vous auriez dû dire sans l’avoir jamais fait, et votre cœur est lourd de regrets.

Loup, de Nicolas Vanier

Loup Nicolas VanierJ’aime énormément les loups, il était donc difficile pour moi de résister quand j’ai vu ce livre, d’autant que contrairement à de nombreux autres, les loups n’y sont pas décrits comme des tueurs sanguinaires. Le livre a été adapté en film en 2009 sous le même titre, Loup. Si je ne me trompe pas, on ne retrouve pas tout le roman dans le film, seulement la première, éventuellement la deuxième partie sur les quatre du livre. Mais il s’agit, selon moi, du meilleur du livre.

Nous suivons donc les aventures de Serguei, fils du chef d’un clan qui vit dans le désert de Sibérie de l’élevage de rennes. Les loups sont donc un danger à éliminer quand ils s’approchent des troupeaux puisque chaque renne perdu représente moins de nourriture et moins de matière première pour les vêtements et les outils. Le jeune Serguei, en revanche, ne peut s’empêcher de s’attacher à la meute qu’il rencontre et de jouer avec les louveteaux jusqu’à ce qu’il fasse, plus ou moins, partie de la meute à son tour. Ce secret n’est pas des plus simples à conserver mais si son clan savait, nul doute qu’il serait renié et banni.

Le livre montre donc, avec beaucoup d’aptitude, le comportement des loups face à l’homme qu’il n’a jamais rencontré, mais aussi le quotidien des Évènes, qui vivent avec un grand respect de la nature et avec des coutumes toutes plus intéressantes les unes que les autres. Je n’en sais que peu sur ce peuple, j’espère donc pouvoir croire ce que Nicolas Vanier dépeint. J’ai particulièrement apprécié les quelques mots évènes placés dans le texte. Enfin, le roman montre également le danger auquel ce peuple fait face : l’arrivée des occidentaux qui n’ont aucun respect pour leur Sibérie orientale et qui sont prêts à tout pour faire du profit ou simplement s’amuser. Détruire des forêts, chasser les mouflons ou les loups pour des trophées… rien ne semble pouvoir les arrêter.

Le roman se lit très facilement, mon seul reproche serait que la fin semble un peu bâclée : elle est beaucoup moins travaillée que le reste du roman et tout se passe beaucoup plus rapidement qu’au début. Un changement de rythme qui surprend et qu’on regrette un peu.

Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier

Couverture Où on va papa ?

Où on va papa ? est le récit personnel de l’auteur, Jean-Louis Fournier, sur son expérience de père de deux garçons handicapés. Il raconte son sentiment de malchance initial à la naissance de son premier garçon, puis son espoir grandissant à la naissance du second qui paraît, selon ses propres mots « normal ». Après tout, quelles seraient les chances pour qu’il ait deux enfants handicapés ? Malheureusement, plus tard, le constat du médecin est sans appel, le deuxième garçon n’aura pas non plus une vie « normale ».

On pourrait s’attendre à ce que l’auteur donne dans le pathos – à juste titre me semble-t-il – et pourtant, son écriture n’a rien d’artificiel. Le livre est court, dans son nombre de pages mais également dans sa forme : les phrases sont courtes, le récit est espacé comme s’il s’agissait d’entrées dans un journal, ou de simples notes sur sa vie et celle de ses enfants. Tout sonne vrai, parfois avec une certaine brutalité, notamment quand il imagine que la nounou a jeté les garçons par la fenêtre, ou quand il se fantasme lui-même mettre fin à leurs jours aphasiques. Ces passages sont assez horrifiants, mais il semble difficile de juger un homme qui traverse tant de douleurs et de déceptions, et qui aime toujours ses enfants malgré tout.

Comme dans tous les récits autobiographiques ou personnels, on se sent voyeur, comme si on entrait dans un monde où nous n’avons pas notre place, la sphère privée de quelqu’un. En même temps, cet auteur se confie, donne à lire son expérience et son vécu comme un témoignage.