Je ne suis pas née dans le bon corps ! Récit de mon changement de sexe, de Mafuyu Konishi

Je ne suis pas née dans le bon corps !, de Mafuyu Konishi, traduit du japonais par Yoan Giraud, Ototo, « Mues », 2021 (VO : 2017), 194 pages.

L’histoire

L’autrice Mafuyu Konishi, née femme dans un corps d’homme, nous raconte en manga une étape importante de sa transition : sa chirurgie de reconstruction sexuelle en Thaïlande. Destiné tant à ses paires qu’à toute personne désireuse d’en savoir plus sur ce sujet, à travers les souvenirs de cette expérience et du chemin qui l’a mené jusque-là, découvrez un témoignage surprenant, franc et positif !

Note : 4 sur 5.

Mon humble avis

Merci à Babelio et aux éditions Ototo pour l’envoi de ce livre en échange d’une chronique honnête.

J’ai tout d’abord tiqué en voyant le titre dans la liste de l’opération Masse critique, puisque de nombreuses personnes trans n’adhèrent pas à l’idée qu’elles sont « nées dans le mauvais corps », tout simplement parce que leur corps est le leur ; cela suffit en soi à faire de leur corps celui d’une femme, d’un homme ou d’une personne non-binaire selon leur genre. Mais quand j’ai vu que c’était bien un récit dit « own voice », c’est-à-dire d’une personne concernée, une femme trans dans ce cas, je me suis dit que ce serait intéressant à découvrir. Je précise que je ne suis pas moi-même concernée, mon avis de femme cisgenre est donc à prendre avec des pincettes bien sûr.

Il s’agit d’un récit à la première personne où l’autrice met en scène ses souvenirs et s’adresse directement à son lectorat pour présenter son parcours. Elle est parfois même interrompue par sa femme quand elle divague trop. Mafuyu a pris la décision de faire sa chirurgie de reconstruction sexuelle (CRS) en Thaïlande, puisque sur certains points cela est plus simple qu’au Japon où il faut fournir de nombreux justificatifs. Pour autant, ce n’est pas un chemin tranquille : elle montre bien la difficulté que représente l’arrivée dans un pays dont on ne lit et ne comprend pas la langue, et cela suppose également d’avoir fait traduire de nombreux documents administratifs en thaïlandais pour pouvoir être prise en charge.

L’une des raisons de ce voyage est également la différence de techniques opératoires et le Docteur Suporn en propose même une particulière qu’il a développé au cours des années. Pour le coup, j’ai déjà croisé une Française qui a préféré partir en Thaïlande pour faire sa CRS également donc cette information semble tout à fait confirmée. L’autrice donne énormément d’informations et d’explications sur ce que représente une CRS et toutes les étapes de prise en charge pour sa propre opération, que ce soit la préparation, la convalescence, etc. rien n’est omis. Ce genre de témoignage me semble précieux, même s’il est important de rappeler que les personnes trans n’ont aucune explication à donner à qui que ce soit, qu’il est hors de question de leur demander quelles opérations elles ont faites et que ces dernières ne sont absolument pas obligatoire. Mais on reviendra là-dessus un peu plus tard.

Mafuyu nous donne son ressenti au fur et à mesure avec une honnêteté admirable : sa peur avant l’opération malgré l’envie de la faire, sa joie une fois que c’est fait, ses douleurs, son sentiment d’injustice d’être « née dans un corps d’homme », etc. C’est aussi l’occasion pour elle de nous présenter son passé, comment elle s’est construite en tant qu’enfant et adolescente, avec la réalisation de sa transidentité. Cela permet de voir aussi à quoi peut ressembler une transition, sociale comme médicale et physique, au Japon.

Le manga se termine sur le retour de l’autrice au Japon, qui rappelle que peu importe les chirurgies et opérations faites, la prise d’hormones ou non, les personnes jugeront toujours les autres sur le physique. Si la personne est jolie, si elle correspond aux normes de son genre, de son âge, etc. elle aura un bien meilleur accueil. La CRS n’a donc rien de magique : l’autrice rappelle qu’elle est heureuse de l’avoir faite, mais que pour autant, elle sait qu’elle subira du rejet et du jugement dans le futur.

À noter le format assez grand qui est surprenant mais pas du tout désagréable à lire : en 15 x 21 c’est plus grand que la plupart des mangas.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’éditorialisation du manga, ce dernier commence avec une mention dans le sommaire :

Avertissement : Les positions prises par l’autrice dans ce livre lui appartiennent, et certaines peuvent choquer (notamment son appréciation de ce à quoi un corps trans doit ressembler, ou son image des troubles mentaux). Sa conception de la transidentité n’est pas représentative de celle de l’ensemble des personnes transgenres.

Ce qu’il est toujours de bon ton de rappeler. De même, à la toute fin du manga, on trouve une postface sur la transidentité, une explication des différents termes avec mention notamment de la non-binarité. Enfin, il y a également des liens pour se renseigner sur la transidentité, que l’on soit concerné⋅e ou non. Un grand bravo à l’équipe d’Ototo pour ce travail.

Trigger warnings : médicalisation, opérations chirurgicales, transphobie, dépression.

Représentation : femme trans, couple de femmes

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