Le langage inclusif : pourquoi, comment, d’Éliane Viennot

Le langage inclusif : pourquoi, comment. Petit précis historique et pratique, d’Éliane Viennot, avec une postface de Raphaël Haddad et Chloé Sebagh, Éditions iXe, « Collection xx – y -z », 2018, 143 pages.

L’histoire

La violente polémique ayant surgie en France à l’automne 2017 autour de l’écriture inclusive a conduit Eliane Viennot à élargir la question au « langage inclusif ». L’autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! expose dans ce petit guide les bonnes raisons de débarrasser la langue des normes et des règles masculinistes pour dire et écrire un monde où chacun·e aurait sa place, à égalité. Les outils existent : l’accord de proximité, les féminins des noms de fonctions, le point milieu, la création de néologismes opportuns, etc., sont autant de moyens détaillés dans ces pages, à la portée de tous·tes.

Note : 5/5

Mon humble avis

Merci à Babelio et aux Éditions iXe pour l’envoi de ce livre en échange d’une chronique honnête.

C’est toujours un plaisir de découvrir les livres de ces éditions, cet ouvrage-ci me faisait fort envie depuis sa sortie et j’étais donc ravie d’avoir l’opportunité de le découvrir ! D’autant que j’ai également L’Académie contre la langue française de la même autrice dans ma bibliothèque.

Il me semble que ce petit livre est l’outil parfait pour se renseigner sur le langage inclusif, en comprendre les enjeux, l’histoire et commencer à le pratiquer. Il synthétise, il me semble, tous les points importants de la question.

Nous n’avons pas à modifier notre langue, mais à renouer avec ses logiques, en nous appuyant sur ses ressources. Et la chose est à la portée de tout·e francophone.
p. 15

Éliane Viennot commence par répondre à la question « pourquoi », en expliquant le besoin et les enjeux d’un langage qui n’exclurait pas la moitié de la population : elle en profite pour recontextualiser les genres grammaticaux dans l’évolution de la langue et le fait que le masculin n’ait jamais été l’équivalent du neutre.

Puis elle revient sur l’évolution de la langue autour du masculin : comment un grand nombre de noms de métiers et fonctions sont devenus uniquement masculins alors que leurs équivalent féminins existaient depuis longtemps (mon préféré : libraresse). Bien sûr, c’est l’occasion d’aborder l’apparition de la fameuse règle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Voire, comment les usages (dictés par l’Académie…) ont supprimé des formulations neutres pour les mettre au masculin (« ça pleut » et « faut partir » sont devenus incorrect pour « il pleut » et « il faut partir »).

Le but étant de faire bouger les choses, le troisième chapitre donne des outils pour pratiquer le langage inclusif, par exemple en utilisant tous les substantifs féminins (même ceux qui ont été supprimés), la double flexion (« les étudiantes et les étudiants »), des néologismes si nécessaires, l’accord de proximité et en bannissant l’usage de « l’homme » pour parler de « l’humain »…

Précisons que la majuscule [à « Homme »], qui fait prétendument toute la différence entre le mâle commun et son apothéose, n’est qu’une autre de ces embrouilles dont on nous a leurré·es. Non seulement elle ne s’entend pas, mais elle ne correspond à rien, ni historiquement, ni scientifiquement. Les brochures où Robespierre défend les « droits de l’homme » laissent ces mots avec des minuscules – sauf sur les couvertures, où à cette époque la plupart des substantifs reçoivent une majuscule ; c’est la Ligue des Droits de l’Homme, née en 1898, qui popularisa l’emploi des majuscules dans cette expression, par suite de leur emploi systématique dans son matériel de communication. […]
L’homme, ce dernier oripeau d’une époque révolue, doit donc être abandonné – quoique conservé, et expliqué, au musée (encore à construire) de l’émancipation féminine, ou de la domination masculine.
p. 98

Pour terminer, la postface de Raphaël Haddad et Chloé Sebagh reprend dix arguments contre le langage inclusif, sous forme de tweets, et y répond : l’outil parfait pour s’armer contre ce genre de discours !

On peut d’ailleurs rappeler aux ronchon·nes qu’il fut un temps où les francophones ne connaissaient ni le point virgule, ni les deux points, ni les points de suspension ou d’exclamation, ni les cédilles, ni les accents graves ou circonflexes – et que tout cela a été digéré en quelques décennies !
p. 107

En bref, si le langage inclusif vous intéresse ou vous rend perplexe, ce livre sera parfait pour vous !

Les sociétés, qui confortaient cette répartition en assignant aux unes et aux autres des professions, des occupations, des savoirs, des sports, des vêtements, des couleurs différentes, ont bien souvent lâché la rampe : la majorité de leurs populations subit encore cette répartition, mais la proportion d’individus qui se sont émancipés est suffisamment grande pour rendre évident qu’il n’y avait là rien de naturel ni de nécessaire. Une femme peut travailler sur un chantier, porter des costumes sombres, écarter les jambes quand elle est assise, gagner beaucoup d’argent, faire de la boxe, un homme rester chez lui pour élever ses enfants, porter des chemises à fleur, partir en vacance avec des copines, faire pipi assis… On peut se marier avec une personne de son sexe, on peut changer de sexe, changer de genre sans changer de sexe, changer d’orientation sexuelle (ou non) en changeant de sexe… La fluidité du genre progresse chaque jour dans tous ces domaines et dans un nombre croissant de pays.
p. 33

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