« Femme, réveille-toi ! », d’Olympe de Gouges

« Femme, réveille-toi ! » : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Olympe de Gouges, Gallimard, Collection « Folio 2 € », 2014 (édition originale : 1791), 99 pages.

L’histoire

« Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »
Un ton résolument frondeur, une langue énergique, un propos engagé, par l’une des grandes voix féminines de la Révolution française.

Note : 4/5

Mon humble avis

J’ai lu ce livre dans le cadre du club de lecture « Une chambre à nous » organisé par Tête de Litote et Opalyne ; la première session consistait à lire ce livre et We Should All Be Feminists de Chimamanda Ngozi Adichie dont je vous parle bientôt.

Tout d’abord, cela peut sembler fou mais je connaissais l’existence de ce texte écrit par Olympe de Gouges depuis mes cours… d’anglais à la fac. En étudiant les lumières anglaises, Mary Wollstonecraft avait bien sûr été abordée, notamment avec son texte A Vindication of the Rights of Woman paru en 1792, et inspiré sans surprise du texte d’Olympe de Gouges. J’ai plutôt honte de ne pas avoir lue la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à ce moment là, d’autant que c’est un texte de quatorze pages… que je vous invite à lire du coup ! Comme le texte est tombé (ou « s’est élevé » comme diraient certains) dans le domaine public, vous pouvez aisément le trouver sur Internet, et sinon l’édition papier de la collection « folio 2 € » est très abordable, elle rassemble plusieurs textes d’Olympe de Gouges et une présentation permet de remettre ces écrits dans leur contexte.

Le texte est, sans surprise, un pastiche des Droits de l’Homme et du Citoyen et reprend la même forme, avec des « articles », comme tout bon texte de loi, mais en insistant sur l’égalité qui doit être respectée entre les femmes et les hommes, sur tous les aspects : la liberté, la propriété, la liberté d’expression, l’accès à l’emploi, à l’administration, etc. Des choses très « basiques » finalement, mais qui prouvent bien à quel point cette société était inégale. D’ailleurs, sur les dix-sept articles que compte cette déclaration, un seul fait référence à une situation propre aux femmes : la liberté de pouvoir déclarer qui est le père de son enfant (pour que celui-ci puisse être reconnu, qu’elle puisse être dédommagée…) sans qu’on ne lui impose le silence. Le reste des articles porte sur des situations communes aux hommes et aux femmes.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.

Malgré la pertinence des articles et des demandes d’Olympe de Gouges, on remarque qu’elle ménage son lecteur, ou plutôt sa lectrice puisqu’elle s’adresse à la reine Marie-Antoinette. Dans la plupart des articles, il est précisé que la femme doit avoir certain droit, pour peu qu’elle respecte la loi, l’ordre public, une certaine discrétion… Olympe de Gouges se sert probablement de ces tournures de phrase pour rassurer et montrer qu’elle demande quelque chose de tout à fait raisonnable, malgré le caractère révolutionnaire de ses articles.

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges.

Une lecture très intéressante, comme l’ensemble du recueil finalement, qui montre d’autres aspects du militantisme d’Olympe de Gouges et on s’aperçoit que la cause des femmes n’était pas la seule qui l’intéressait, mais aussi celles des noirs et des personnes pauvres. Dans certains textes, elle défend également ses propres pièces de théâtre contre les critiques qu’elle a pu recevoir, ou qu’elle anticipe.

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