Désolations, de David Vann

Caribou Island, de David Vann, Penguin, 2011, 293 pages.
Édition française : Désolations, de David Vann, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski, Éditions Gallmeister, 2011, 304 pages.

L’histoire

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

Note : 3/5

Mon humble avis

Encore un exemple de titre traduit qui fait très peu sens selon moi et la preuve que l’édition française aime bien rendre tout très sobre, titres et premières de couverture, pour donner une sorte de légitimité littéraire aux livres. J’ai l’impression qu’en France, un livre avec une belle couverture illustrée, travaillée, ne peut pas être de la littérature « noble ». Sérieusement, quand je regarde les dos de mes livres français, à côté des livres en anglais, la différence est effarante. Bon, passons au livre en lui-même.

L’atmosphère est absolument glaciale dans ce roman, et pas seulement parce que les personnages vivent en Alaska et qu’il y fait froid : on suit Irene, Gary et leurs deux enfants (Rhoda et Mark), une famille qui manque sérieusement de chaleur humaine. David Vann parvient à nous faire ressentir cette froideur tout au long de l’histoire, à travers les descriptions de tempêtes de neige et de lac glacé qui vous donneront des frissons et vous transporteront en Alaska.

Pour les personnages, j’ai trouvé très intéressant de suivre un couple aussi « vieux » que celui d’Irene et Gary, qui vivent ensemble depuis trente ans et semble s’ennuyer, se gêner, ne plus rien avoir en commun. Ce qui est assez effrayant, c’est qu’aucun des deux ne semble pour autant vouloir quitter l’autre, on voit bien à quel point ils sont liés par l’habitude alors qu’il n’y a plus d’amour, ni même de tendresse. Sans faire de la psychologie à deux balles, beaucoup de couples se retrouvent dans cette situation et cela me semble affreusement triste.

Your father never loved me.
Rhoda put down her spoon and looked up again, annoyed. Mom, she said. We’ve talked about this before. You know that’s not true. Dad has always loved you.
That’s the thing, Irene said. He never has. He thinks he deserved someone better than me. He’s admitted that now, out in the tent. And he wanted to be left alone. That’s what’s true about him. I was just easy, something that happened, and it would have been a hassle to cut me loose. He’d prefer to be without me, but he’s never bothered to put together the effort to do that.

Cela va même plus loin puisque Irene pense que Gary veut construire sa cabane pour y vivre seul et qu’il la quittera une fois la cabane de ses rêves construite… et cela la terrifie ! Elle supporte donc les humeurs affreuses de Gary alors qu’il l’oblige à travailler dans des conditions météorologiques affreuses, au point qu’elle en tombe malade. Jamais il ne s’arrête pour prendre en considération ses sentiments ou son opinion.

En fait, tous les personnages sont fondamentalement imparfaits et faillibles… voire mauvais pour certains. David Vann ne dépeint pas un monde idyllique, bien au contraire, Mark n’a aucune compassion ou tendresse pour ses parents, Rhoda semble se convaincre que sa relation avec Jim fonctionne, et ce dernier n’a aucun scrupule à chercher ailleurs.

And it was only as he was putting the bags down that he realized there had been a change. He had been unfaithful, and even if he married Rhoda now, he had opened the possibility of other women, and he knew he would act on this. He would continue cheating. There was no way to stop it once it was possible.

Il y a une réelle intensification des événements et des personnages au long de l’histoire, avec Gary qui devient de plus en plus chaotique dans son organisation (ou absence d’organisation plutôt, ce qui est inopportun lorsqu’on décide de construire une cabane sur une île déserte), les douleurs d’Irene s’amplifient et même le climat se refroidit de plus en plus ; tout cela jusqu’au point culminant du roman, qui fait un peu « exploser » tout le reste.

Caribou Island se lit vite et est un très bon roman, si je lui met seulement la note de 3, c’est parce que ce n’est pas trop mon genre… Les longues descriptions d’excursions en bateau et de pêcheurs qui passent leur temps à fracasser des saumons comme si de rien n’était (oui, bon, le fait que je me lance dans le végétarisme n’a pas aidé) ne sont pas mon truc. Si c’est le vôtre et que des ambiances très sombres avec des passages bien malsains ne vous font pas peur, lancez vous !

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