La Servante écarlate, de Margaret Atwood

The Handmaid’s Tale, de Margaret Atwood, Vintage Books, 2007 (originale : 1986), 324 pages.

L’histoire

« Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction […]. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets. »
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Note : 5/5 ♥ Coup de cœur

Mon humble avis

Quelle claque. Je connaissais de nom ce roman, et son importance dans la science-fiction, et puis Margaret Atwood était une auteure que je voulais découvrir depuis bien longtemps. Oriane m’avait envoyé ce livre dans le cadre d’un Swap sur les femmes, je n’avais donc plus aucune excuse pour ne pas commencer cette lecture. D’ailleurs, elle m’a également permis de cocher la catégorie dystopie pour le challenge « Voix d’auteures 2016 ».

There is more than one kind of freedom, said Aunt Lydia. Freedom to and freedom from. In the days of anarchy, it was freedom to. Now you are being given freedom from. Don’t underrate it.

Dans les dystopies que j’ai pu lire jusqu’ici (ce qui représente pas grand-chose je vous l’accorde), on rencontre souvent des personnages qui sont nés dans le système d’oppression en question, qui ne connaissent que ça et qui en ont souvent assez. La Servante écarlate est un roman d’autant plus puissant qu’on y suit un personnage qui vivait en liberté auparavant, dans une société très porche de la nôtre et qui a vu celle-ci changer pour devenir la République de Gilead. Petit à petit, elle ne peut plus travailler, puis son compte en banque revient à son mari et ce n’est que le début de la descente dans un monde malsain.

“It means you can’t cheat Nature,” he says. “Nature demands variety, for men. It stands to reason, it’s part of the procreational strategy. It’s Nature’s plan.” I don’t say anything, so he goes on. “Women know that instinctively. Why did they buy so many different clothes in the old days? To trick the men into thinking they were several different women. A new one each day.”

De même, Margaret Atwood ne donne pas un récit chronologique, qui donnerait toutes les clés aux lecteurs dès les premiers paragraphes. Le témoignage du personnage est n’est pas réellement organisé et la narratrice parle de son présent, revient sur un souvenir ou un autre, puis repasse au présent du récit. Elle semble s’adresser à un de ses contemporains, qui sache exactement de quoi elle parle, ce qui donne un réalisme impressionnant au récit. En effet, il me semble peu réaliste qu’un témoin de son époque s’attarde à décrire et expliquer chaque concept, chaque événement qui régit sa société. Ainsi, le lecteur rentre in medias res dans le monde du personnage et doit être attentif pour repérer des indices (comme les noms des servantes par exemple), comprendre les tenants et aboutissants de la société et ce qui terrifie tant le personnage.

These men, we’ve been told, are like war criminals. It’s no excuse that what they did was legal at the time: their crimes are retroactive. They have committed atrocities, and must be made into examples, for the rest. Though this is hardly needed. No woman in her right mind, these days, would seek to prevent a birth, should she be so lucky as to conceive.

Finalement, l’auteure parvient à nous faire miroiter un monde atroce, particulièrement pour les femmes mais pas seulement, qui s’est imposé avec très peu d’événements, ce qui le rend d’autant plus inquiétant et possible.

It was after the catastrophe, when they shot the President and machine-gunned the Congress and the army declared a state of emergency. They blamed it on the Islamic fanatics, at the time.
Keep calm, they said on television. Everything is under control.
I was stunned. Everyone was, I know that. It was hard to believe. The entire government, gone like that. How did they get in, how did it happen?
That was when they suspended the Constitution. They said it would be temporary. There wasn’t even any rioting in the streets. People stayed home at night, watching television, looking for some direction. There wasn’t even an enemy you could put your finger on.

Un passage qui m’a particulièrement marqué (mais dont je n’ai pas noté la page bien sûr, donc pas de citations…) montre le personnage principal qui rencontre des touristes étrangers, asiatiques me semble-t-il, et qu’ils veulent la prendre en photo, elle et sa compagne de promenade, puis ils demandent si elles sont heureuses. On comprend donc que ce n’est pas le monde entier qui est dans cette situation, on voit qu’elle est vue comme différente de l’extérieur.

L’année 2017 commence donc fort, avec un classique puissant, une narration troublante et une structure qui implique le lecteur dans l’histoire.

Then I find I am not ashamed after all. I enjoy the power; power of the dog bone, passive but there. I hope they get hard at the sight of us and have to rub themselves against the painted barriers, surreptitiously. They will suffer, later, at night, in their regimented beds. They have no outlets now except themselves, and that’s a sacrilege. There are no more magazines, no more films, no more substitutes; only me and my shadow, walking away from the two men, who stand at attention, stiffly, by a roadblock, watching our retreating shapes.

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2 commentaires sur “La Servante écarlate, de Margaret Atwood

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