Rencontre avec les Éditions Zulma, partie 1/2

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La librairie L’Histoire de l’œil à Marseille a organisé, le 15 septembre, une rencontre avec Laure Leroy, créatrice et directrice des éditions Zulma. C’était tout à fait fascinant d’en apprendre plus sur cette maison d’édition aux couvertures originales et mémorables, et j’en suis ressortie avec une wishlist agrandie et l’une de leurs dernières publications dans la poche !

La maison d’édition a été créée en 1991 et a été une opportunité à saisir pour Laure Leroy, qui en est la directrice depuis les origines de la maison. Après des études en linguistique anglaise et des stages en maisons d’édition, elle abandonne ces études pour publier des livres. Laure Leroy explique qu’elle a pu publier de très bons livres lors des quinze premières années, mais qu’il ne s’agissait pas alors d’une réelle maison d’édition. En effet, publier une addition de bons livres ne suffit pas, il est nécessaire d’avoir un projet circoncis et de présenter une idée précise de la littérature.

Elle fait donc table rase et remonte un projet de maison d’édition pour la rentrée littéraire de septembre 2006. Cette fois-ci, elle veut présenter des publications qui soient réellement à son idée, avec un maximum de 10 à 12 livres publiés par an et seulement des livres qu’elle aime. La ligne éditoriale de Zulma porte alors sur la littérature contemporaine du monde entier. L’idée est de chercher des auteurs qui lui parleraient, par goût personnel pour la variété du monde tout d’abord mais aussi pour un aspect stratégique, puisque la littérature traduite vient principalement du monde anglo-saxon. Si elle s’intéresse à un pays en particulier, elle regarde alors ce qui n’est pas publié en anglais, puisque si c’est le cas, il y a une grande chance que ce soit déjà traduit.

Ce fut le cas par exemple pour la découverte de l’auteure Ambai : Laure Leroy s’intéresse à l’état du Tamil Nadu, situé au sud-est de l’Inde. Il s’agit d’une région plus grande que la France, où l’écriture est importante, que ce soit dans les nombreux journaux publiés ou les maisons d’éditions présentes là-bas, mais on n’en connaît rien, si ce n’est les écrivains qui ont écrit en anglais. Mais beaucoup d’autres écrivent en tamoul, d’ailleurs, le choix de la langue d’écriture, autre que l’anglais, est très important et parfois même une nécessité.

de-haute-lutteDe haute lutte, d’Ambai, 2015, 224 pages.
« Ce n’était pas à une forêt ordinaire que Chentiru pensait, mais plutôt à la forêt des poèmes classiques tamouls, au cœur de laquelle une eau pure comme le lait se jette en cascade entre des parois rocheuses où s’accrochent des ruches sauvages. Elle voulait séjourner dans une forêt. Une forêt pour laisser derrière elle les bruits de voitures, de conversations, de pas, d’appareils ménagers. »
C’est ainsi qu’on entre, par la puissance du verbe et de l’image, dans l’univers si singulier d’Ambai. Qui nous mêle sans crier gare à la destinée de femmes on ne peut plus habitées – écrivain, musicienne, éditrice, ou femme au foyer par accident –, bousculant soudain, à la faveur d’un geste, d’un départ, d’un renoncement, leur monde tel qu’il est.

La démarche de Laure Leroy est assez compliquée mais l’important est de trouver une plume qu’elle apprécie. Comme elle l’explique, elle sera amenée à lire les livres qu’elle publie cinq à dix fois, puis à en parler des centaines de fois, il est donc nécessaire que ce soit une écriture qui lui parle. Le métier d’éditeur demande beaucoup de persévérance : il faut aller de l’avant et pour cela, elle trouve son énergie dans les livres qu’elle veut défendre. Elle s’approprie alors le livre et l’auteur qu’elle publie, ce qui lui permet de puiser une force de partage, de conviction.

Elle dit publier parfois des chefs-d’œuvres, des livres très bons ou des livres qu’elle a appréciés. Tous les livres des éditions Zulma ne sont pas des chefs-d’œuvre, mais ils l’ont tous émue et elle leur a trouvé une nécessité à tous. Elle préfère publier peu de livres, afin de prendre plus de temps à les éditer et les promouvoir afin qu’ils se vendent. L’aspect financier n’est pas la seule motivation : il s’agit également de porter l’espoir de l’auteur. Ce fut l’occasion parfaite pour aborder le sujet des ventes, et la directrice de Zulma précise qu’une bonne vente pour sa maison d’édition revient à vendre entre 2 500 et 5 000 exemplaires. Elle met ses chiffres en perspective en rappelant que de tous les romans français publiés lors de la rentrée littéraire, au moins la moitié ne se vendra pas à plus de 1 000 exemplaires, les trois quarts ne dépasseront pas les 2 500 exemplaires vendus et enfin, seulement quelques uns auront écoulé plus de 50 000 exemplaires.

Pour sa maison d’édition, Laure Leroy estime qu’un livre qui se vend de 5 000 à 6 000 exemplaires est honnête, même si c’est déjà un chiffre très important s’il est comparé au marché actuel. Son idée est de plancher assez haut et d’utiliser un maximum d’optimisme pour vendre les livres qu’elle porte. Les meilleures ventes chez Zulma atteignent de 15 000 à 100 000 exemplaires.

Concernant les premiers tirages des livres, ils sont généralement entre 5 000 et 6 000 exemplaires. Si ce nombre semble assez élevé comparé à d’autres maisons d’édition, elle rappelle que l’objet livre publié chez Zulma est d’une qualité particulière : les couvertures ont des rabats et ne sont pas imprimés en quadrichromie, comme la plupart des couvertures actuelles, mais en ton direct qui consiste à faire des aplats d’une couleur plus précise et permet d’obtenir des couleurs plus fortes, afin d’éviter tout compromis. De plus, la plupart des livres sont cousus et non collés : tout cela complique la production et augmente donc le prix d’impression des livres, il est donc impossible de faire des petites impressions sur des livres de cette qualité. Le tirage le plus bas qui lui soit arrivé de faire atteignait déjà 3 500 exemplaires.

Zulma. Mais d’où vient ce nom si particulier ? Laure Leroy souhaitait un prénom de femme pour sa maison d’édition, mais qui ne soit pas le sien, tout en étant d’elle. Zulma est un vieux prénom, utilisé par exemple dans le poème « À la mémoire de Zulma » publié dans le recueil Les Amours jaunes de Tristan Corbière. Zulma a ainsi une histoire littéraire, puisqu’il s’agissait également du prénom de la grande amie de Balzac. On retrouve le prénom en Amérique latine et au Nord de la France.

La seconde partie de ce compte rendu sera publiée prochainement. En attendant, vous pouvez retrouver les éditions Zulma sur leur site, Facebook ou Twitter.

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