Le comics : mieux comprendre le genre pour mieux le conseiller

Lors de Livre Paris 2016, Média Diffusion a organisé une journée « Immersion » le 18 mars, afin de présenter certains genres et problématiques aux bibliothécaires. J’ai pu assister à la première conférence, animée par Urban Comics avec François Hercouët (directeur éditorial) et Pôl Scorteccia (directeur). J’ai pris quelques notes et je les reporte ici, puisque j’ai appris certaines choses et que ça fait toujours plaisir d’entendre parler comics !

Les comics ont, à leur origine, deux caractéristiques : être issus de la culture anglo-saxonne (et donc, en anglais) et être publiés sous forme de mensuels de 32 pages (appelés « floppy ») où les planches de comics côtoient des pages de publicité. Puis, une fois quatre ou cinq chapitres publiés en floppy, ils sont réédités ensemble, au format « trade paper back » et sans publicité. Si l’essentiel des ventes se faisait auparavant sur le floppy, aujourd’hui le TPB (trade paper back) est de plus en plus majoritaire dans les ventes. En France, le format est encore différent puisque peu de TPB sont édités, le format cartonné étant privilégié par Urban Comics et d’autres éditeurs.

Il existe différentes périodes d’évolution du comics, souvent découpées ainsi :

  • 1936-1956 Golden Age
  • 1956-1970 Silver Age
  • 1970-1985 Bronze Age
  • 1985 à aujourd’hui Modern Age

Le Silver Age consiste principalement à élargir les familles de super-héros créés lors du Golden Age, mais il est chamboulé en 1960 par la proclamation du Comics Code Authority. Il s’agissait d’un label qui permettait aux acheteurs de s’assurer que le comics n’était pas violent, sensuel, ne parlait pas de drogues, etc. Pour l’obtenir, et ne pas mettre leurs ventes en danger, les éditeurs étaient donc obligés de s’autocensurer. La bascule du Bronze Age vers le Modern Age s’est faite avec des comics tels que Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons, mais aussi Batman : The Dark Knight Returns de Frank Miller. Ces deux titres entendent montrer la maturité des super-héros avec un côté beaucoup plus sombre : on appelle d’ailleurs également cette période du comics le Dark Age.

Historiquement, DC Comics et Marvel sont les éditeurs de comics prépondérants mais dans les années 1990, cela ne suffit plus aux auteurs. En effet, ces deux maisons d’édition fonctionnent d’une telle façon que les personnages n’appartiennent pas à leurs auteurs, mais à l’éditeur. Ainsi, ils ne sont pas toujours libres de raconter les histoires qu’ils veulent, comme ils l’entendent. C’est pourquoi, en 1992, la maison d’édition Image Comics est créée par de jeunes créateurs, qui travaillaient pour DC Comics ou Marvel mais qui avaient envie d’être plus indépendants dans leurs créations. Publier avec Image Comics leur permettait de conserver les droits sur leurs personnages.

D’ailleurs, les droits n’appartiennent pas seulement aux maisons d’édition, mais à des industries beaucoup plus importantes : DC Comics appartient à la Warner depuis les années 1960 et Marvel a été racheté par Disney en 2009.

Au niveau des ventes, Marvel a prédominé sur DC en 2015, mais c’est une tendance qui change constamment, selon les événements, les sorties mensuelles, etc. Globalement, DC et Marvel représentent 70 % de la production et Image Comics commence à atteindre 10 % des parts du marché.

Le marché français

Les premiers éditeurs français de comics, Aredit, Lug, Semic, éditaient surtout en kiosque. Puis, au milieu des années 1980, un rapprochement vers la bande dessinée franco-belge a été fait avec la publication de comics dans un format cartonné, ce qui a contribué à donner ses lettres de noblesse à ce genre, en France. Les comics ont également bénéficié d’un ballon d’air frais avec l’arrivée d’auteurs britanniques tels qu’Alan Moore, Neil Gaiman et Grant Morrison.

En France, la production de bande dessinées correspond à 51 % à de la franco-belge, mais le manga a une part importante également avec 40 % (la France est d’ailleurs le deuxième pays à en éditer autant, après le Japon), ce qui laisse 9 % de comics. Cela reste non négligeable, d’autant que le français est la deuxième langue du comics, après l’anglais.

En France, Panini et Delcourt étaient déjà présents sur le marché lorsque Urban Comics a été créé en 2012. La maison d’édition récupère alors le catalogue de DC Comics et devient le troisième éditeur français de comics.

Éditer un catalogue comics

Plusieurs collections ont été créées chez Urban, au fur et à mesure, pour monter un catalogue cohérent et intéressant. En 2012, les deux collections de la maison sont « DC Comics » et « Vertigo », ce dernier étant le label plus « adulte » de DC Comics avec une spécialisation dans le genre du fantastique et de l’horreur. En 2013, Urban s’ouvre aux comics indépendants avec la collection « Indies », ainsi qu’aux publications tirées de jeux : « Games », et enfin, la collection « Books » s’attarde sur l’aspect graphique des comics, avec des anthologies centrées sur une œuvre (Alice au Pays des Comics, Fables : les couvertures par James Jean, etc.) ou sur un artiste (Les grands entretiens de la bande dessinée : Bruce Timm, Jack Kirby : King of Comics, etc.). En 2014, Urban ajoute à sa production des comics tirés de séries TV, rassemblés dans la collection « Séries ». En 2015, la maison s’ouvre à de nouveaux publics avec les collections « Kids » et « Graphic », cette dernière rassemblant des œuvres qui ne correspondent pas forcément aux codes du comics. Enfin, cette année, Urban a inauguré sa collection « Strips » qui contiendra des recueils de strips parus précédemment dans des journaux et magazines de façon périodique (Hagar Dunor est le premier livre de la collection, Cul de sac sera publié en avril et François Hercouët a mentionné l’édition prochaine des premiers strips de Superman).

Avec ses collections et sa politique éditoriale, Urban Comics s’attarde à démocratiser le comics et le rendre plus attractif, plus abordable avec une éditorialisation des comics bien entendu mais aussi une politique de prix et une charte graphique qui se démarque. Pour cela, ils publient également les Urban Previews, quatre fois par ans, où les premiers chapitres des publications principales à venir y sont recueillies. De plus, Urban créé des guides de lecture, disponibles gratuitement en librairie et en ligne, autour de personnages particuliers. Pour l’instant, seul celui sur Batman existe (consultable en PDF, ici) mais prochainement viendront des guides sur la Justice League et ses personnages.

Enfin, François Hercoüet a terminé la présentation en mentionnant les titres phares qui ont défini Urban Comics : Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons, Daytripper de Moon Fàbio et Bà Gabriel, les ouvrages de Batman, Punk Rock Jesus de Murphy Sean et enfin Saga de Brian K. Vaughan et Staples Fiona.

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